Le folk aragonais confirme à Pirineos Sur sa vigueur, 40 ans après Chicotén

Pirineos Sur est le Festival de musique du monde par excellence en Espagne, et après avoir réalisé un parcours sonore et rythmique au travers des cinq continents ou presque, conclure avec une nuit dédiée au folk aragonais était la façon parfaite  pour clôturer la 27ème édition. L’apothéose finale avec « Canto a la libertad » (chant à la liberté) de Labordeta, interprété par le collectif Chicotén et une bonne partie des figures les plus importantes du genre, ne fut que la cerise sur le gâteau d’une nuit où s’est revendiquée la pertinence du patrimoine culturel d’Aragon. Son passé, son présent et son futur

La musique folk aragonaise est riche, variée et elle est toujours vivante. Une scène musicale curieuse et courageuse la maintient d’actualité à travers les époques. Mais s’il existe l’année zéro dans le genre, il s’agit de la publication du premier disque de Chicotén en 1977. Leur héritage fut si important qu’aujourd’hui le Collectif Chicotén lui a rendu hommage avec un disque, « ver para creer » (avec à la fois un titre en hommage a Hato de Foces), qu’il est venu présenter en grande pompe a Pirineos Sur.

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Le Collectif Chicotén peut désormais présumer d’un important effectif de musiciens (Joaquín Pardinilla et Ernesto Cossio, à la guitare, Alberto Artigas au luth, Fletes à la batterie, Toto Sobieski à la basse, Juan Luis Royo à la clarinette, Miguel Ángel Fraile à la cornemuse y aux flûtes et Carmen París aux voix), mais surtout, la scène flottante a reçu des invités de luxe pour une représentation qu’il sera difficile de reproduire.

« Pasapeanas » et « Albada de Beceite » ont fait office de douce introduction. Sans grande agitation, le groupe dirigé par Joaquín Pardinilla a déployé son savoir-faire et sa grande connaissance de la musique traditionnelle. Avec « Santa Agueda », la toujours très appréciée Carmen París a fait son apparition en marquqnt de son inimitable timbre jotero et de ses puissantes cordes vocales le « Fandango de mora » et « venimos de las olivas ». C’est également à ce moment que sont apparus Olga Orús et Salvador Cored pour faire revivre le temps d’un instant le groupe oscense de folk des années 80 –Hato de foces- avec “villancico y aguilando”.

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Après avoir terminé la présentation de « Ver para créer », ils ont démarré une deuxième partie au cours de laquelle on a pu écouter quelques uns des plus importants succès du folk aragonais de ces 30 dernières années. S’il existe une formation qui a triomphé sur chaque place de village et qu’on a écouté dans toutes les fêtes de la province, c’est Ixo Rai !. Evidemment, le groupe de Saragosse a offert à un public impatient les infaillibles « Carta de amor » et « 15 de agosto », avec quelques uns de ses membres originaux (Jota Lanuza, Alfonso Urbén et Flip).

Un autre groupe incontournable s’est joint ‘a la fête : La Ronda de Boltaña. Le groupe, formé dans les années 90,  parcourt toute la géographie aragonaise et espagnole brandissant fièrement la tradition du répertoire populaire et ils sont une référence institutionnelle. Avec eux sont arrivés deux très beaux moments non exempts d’une certaine épique « O viento rondador » et « Maziello ».

Puis est arrivé le moment du rappel. Personne ne voulait manquer cette photo : tous les musiciens qui étaient intervenus lors cette soirée unique se sont rejoints pour chanter « Ver para creer » et « El canto a la libertad », cet hymne que nous a laissé José Labordeta pour la postérité et que les presque mil personnes qui s’étaient rendu a Lanuza ont entonné tous en chœur.

Maut, le folk électronique aragonais pour démarrer la soirée

Mais la nuit a débuté par la fin, par le futur du folk aragonais, celui qui ne voit pas d’inconvénients à se mélanger avec l’électronique la plus avant-gardiste. Maut est  la meilleure référence du genre et ils sont montés sur la scène flottante de Lanuza pour la deuxième fois (ils l’avaient déjà fait en 2013). Bien que l’électronique et les mesures programmées aient marqué le rythme, il n’a manqué ni les instruments traditionnels (le Chicotén et l’accordéon) ni les guitares et les basses pour apporter des nuances et de la richesse sonore.

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Ils ont commencé avec des rythmes calmes, proche de la house, presque de la lounge, pour chauffer peu à peu l’Amphithéâtre (« Degallau », « Jer jes », « Leciñena »). Ils sont montés en régime mais sans se précipiter, laissant respirer les compositions, chacune rendant hommage à des villages et des styles musicaux de l’Aragon. Les énigmatiques images qui ont accompagné leur représentation ont été un contrepoint parfait pour ce voyage sonore aragonais.

Ils ont appuyé sur l’accélérateur et  sont montés en puissance pour signaler leur force scénique (« Muxonet », « El grito ») et ils n’ont pas raté l’occasion de proposer une brève version de leurs chers Asian Dub Foundation (pour qui ils ont joué en première partie lors des dernières fêtes du Pilar de Saragosse) avec qui ils partagent des prémisses très similaires. Et pour une nuit si spéciale, avec beaucoup de fraternité, ils n’ont pas voulu prendre congés du public de Pirineos Sur sans se souvenir de tous les membres qui sont passés par leur formation.

 

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